Prises et mixage par JEFF DOMINGUEZ

Demon One 'Demons et merveilles' (Hostile) - Sortie janvier 2008

« Survivant de l'enfer, des flammes, de la guerre et des balles », Démon One est à la fois veillé par les anges et continuellement cerné par les fantômes de son histoire. Se confrontant en permanence à ses contradictions, il va puiser l'essence de son rap aux confins de sa lucidité. Dès lors, avec lui, la sérénité peut à tout moment se changer en rage, la colère ne va jamais sans une touche d'ironie salvatrice et le coup de folie précède souvent le coup de grâce.
Alors, quand il laisse parler le démon tapi en lui, c'est pour rappeler ses états de service de soldat de l'underground (« Seigneur de Guerre »), bousculer quelques idées reçues (« Alors Comme Ca »), ou marquer son territoire (« South Side »). Comme possédé par le beat, il y rugit au détour d'une mesure, impose son débit à la musique, libère son flow électrique et enchaîne les images glaçantes à un rythme haletant, toujours prêt à emporter l'auditeur avec lui. Jamais gratuite, cette furie verbale dévoile au contraire les tourments permanents qui le hantent, même quand il se fait plus sensible aux merveilles que la vie peut offrir. Car si Démon One prend la mesure du chemin qu'il a parcouru (« Merci à la Vie », « J'étais Comme Eux » avec Soprano), il n'en oublie pas pour autant l‘incertitude de l'avenir (« On Verra », en duo avec Diams) ni les erreurs de sa jeunesse (« Mes Rêves »). Et le temps du recueillement (« Pour Toi », dédié à un ami disparu) n'empêche jamais très longtemps ses démons de reprendre le dessus…
Surtout, qu'il présente les jeux de hasard comme une dangereuse addiction (l'ironique « La Bonne Combinaison ») ou qu'il décrive les tentations invisibles qui nous cernent (« Démons et Merveilles »), Démon One apparaît comme un homme souvent tiraillé, mais constamment lucide. Explorant les faiblesses de la nature humaine, il évite tout moralisme et s'attache même à mettre en lumière des phénomènes qui nous échappent, telle que cette « Solitude » qui marche dans nos pas : « Parfois, je donne l'impression d'être ailleurs ; en vérité, l'air absent, les yeux vides, c'est que je suis à ses côtés » (« Solitude »).
Assurées par Big Nas (co-réalisateur de l'album), mais aussi Eklipse Time, Wealstarr ou Jakus, les musiques achèvent de nous plonger en apnée dans la psyché torturée du maître des lieux. C'est ainsi que les rythmiques endiablées aux ambiances oppressantes (« Fusion », « Seigneur de Guerre »…) sont régulièrement relayées par des compositions plus sensibles (« Merci à la Vie », « Pour Toi ») qui, par leurs arrangements soignés (cordes, chœurs…), font régulièrement jaillir l'émotion sans jamais relâcher la pression. Et, de piste en piste, ces deux tonalités ne cessent de se répondre pour conférer encore plus de corps au parti pris schizophrénique de l'album.
Porté d'un bout à l'autre par ces drastiques changements d'atmosphères, « Démons et Merveilles » constitue, par sa brutale introspection et ses concepts audacieux, un portrait tout en nuances de son auteur. Et impose définitivement Démon One comme un artiste paradoxal, à la fois incontournable et, encore et toujours, insaisissable.

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